Colette WAGNER(promo 56-60)

 

SOUVENIRS SCOLAIRES DE MES 12 ANNEES A GORZE (57)

            MON ARRIVEE au village en septembre 1959

 

Au cours de la mi-septembre 1959, l’autobus de la ligne Novéant - Gorze comptait une seule passagère assise contre la vitre de la fenêtre.  Elle était   attentive à découvrir ce nouveau paysage ; le charme de cette campagne verdoyante égayée d’un charmant ruisseau la séduit d’emblée ! 

Coup de cœur réconfortant pour cette jeune institutrice de 21ans, sortie tout frais émoulue de l’école normale de Bar le Duc ; elle était impatiente de dispenser son jeune savoir aux enfants de sa 1ére affectation soit la classe de CP CE de l’école primaire de filles de Gorze ! 

Le ruisseau    justement   bien nommé « la Gorzia » lui fit l’honneur de l’accompagner jusqu’à l’entrée du village C’est sûr ! C’était un « Signe de bon augure ! » Pensa-t-elle   !!  Et elle ne se trompait pas ! 

Voici donc comment je suis arrivée dans cette commune où je devais avoir le plaisir de vivre les 12 premières années de ma belle carrière, avec le privilège rare d’occuper successivement 4 écoles et 3 logements de service, C’est dire que j’ai eu le temps de bien connaitre ce village au charme si particulier qui est resté pour toujours dans mon cœur ! 

 La demande de MARION GIACOMAZZI  

Malgré l’éventualité d’oublis et peut être d’erreurs sur ce passé scolaire, remontant jusqu’à 55 ans à ce jour SVP !!   J’ai finalement accepté d’écrire pour répondre à Marion une de mes anciennes élèves de la maternelle !  C’est amusant de faire cette évidente constatation :  Le temps inverse les rôles : l’ancienne élève a donné un devoir à faire à sa maitresse ! La boucle est bouclée !

                           LE CHEMIN DE L’ECOLE de 1959 à 1961  

Pendant ces 2 années je domiciliais au 2e étage de l’Hôtel de ville situé à cette époque au centre du village Il abritait également le bureau de Poste au rez-de-chaussée. Chaque jour, pour me rendre à ma petite école primaire, je devais arpenter la rue principale à pied évidemment et c’est une image étonnante qui revient aussitôt à ma mémoire : 

C’est celle de la longue ribambelle d’enfants qui se formait peu à peu, me donnant la main au fur et à mesure de mon passage devant leur domicile ! Lorsque j’atteignais l’école, j’en comptais une bonne quinzaine ! Les quelques voitures qui circulaient sur la route s’en arrangeaient et s’amusaient de cette équipée bon enfant ! Je ne me souviens même pas de coups de klaxon intempestifs : 

Les automobilistes moins nombreux étaient sans doute aussi moins pressés ? !! 

 Pour moi, cette marche en nombreuse compagnie était un moyen de faire connaissance avec mes élèves d’une façon moins scolaire et pour eux c’était une façon de rendre plus agréable le chemin de l’école ! « Sécurité ? Surveillance ? » 

À cette époque on n’était pas obsédés par les problèmes de responsabilité en cas d’accident ! Inconscience de ma jeunesse peut être ou mentalité plus souple de l’époque ! ? En tout cas : Avantage de la marche à pied ! 

LE PERSONNEL D’ENTRETIEN : 

Il ne faut pas que j’oublie de signaler dès maintenant le travail de 2 personnes très précieuses qui permettaient une arrivée accueillante et chaleureuse dans la classe : je veux parler de celles qui avaient la charge du chauffage et de la propreté des 3 locaux scolaires que j’ai occupés près de l’église. 

Mme WEBER 

Femme de ménage dévouée, elle arrivait dès l’aube (vers 6 heures sans doute ?) afin d’allumer un bon feu dans les fourneaux et l’alimenter tout en nettoyant la classe. Le feu devait ronfler pour réchauffer ce grand volume mais pas trop non plus ! Maîtrise du feu qui n’est pas donnée à tout le monde ! Mme Weber veillait à ce qu’une douce chaleur règne dans la classe à notre arrivée Il va sans dire que le couloir et les toilettes même à la maternelle n’étaient pas chauffés ! Pas question d’y flâner surtout en hiver ! Bravo et merci à ce personnage de l’ombre ! C’était la fée invisible qui disparaissait juste avant que je n’arrive dans la classe ! Chaque fois que je l’ai aperçue, elle courait, toujours pressée et ne perdait pas de temps à bavarder ! Elle avait tant à faire ! J’y pense maintenant, je ne sais même pas si elle s’occupait aussi de l’école de garçons tout en bas de la rue de l’église ??? Il devait y avoir quelqu’un d’autre. 

Mme Weber comptait pour se fournir en bois de chauffage nécessaire, sur celui que tous appelaient familièrement : 

LE « JANOT » 

Célibataire employé par la commune, « Le JANOT » était chargé de fendre à la hache les grosses bûches à la cave et d’alimenter pour la journée de classe la réserve stockée près du poêle. Toujours souriant, les enfants appréciaient sa visite en classe pour de menus services. Tout le monde le connaissait, les grands autant que les petits parce qu’il jouait aussi dans le village le rôle d’un personnage important « L’appariteur ». 

Tous l’écoutaient alors attentivement quand il s’arrêtait dans la rue, agitant sa clochette puis dépliant la circulaire de la mairie qu’il lisait religieusement de sa voix la plus forte ! Il faisait précisément un arrêt tout près de l’école sur la Place de l’église. Les enfants admiraient cet adulte qui lisait si bien et « tout haut » Pour eux ce n’était pas si courant à voir ! 

En fait on peut dire que Janot était ……………………….  L’ancêtre vivant du bulletin municipal de Gorze. 

Pour terminer sur l’entretien des écoles, il faut dire que le sol des classes était un vieux plancher badigeonné avant la rentrée d’un produit très gras Sans doute désinfectant il dégageait longtemps encore une odeur très particulière à laquelle on finissait par s’habituer ! Les yeux fermés on devinait vite qu’on était dans une classe ! Cela devait être fait pour empêcher la poussière de se soulever avec le balayage journalier (Pas d’aspirateur encore à cette époque !) Une chose est sûre : pour les vêtements des écoliers, en particulier les petites culottes en maternelle, ce n’était pas la joie pour en effacer les traces noires !!!!! Les machines à laver n’étaient pas présentes dans chaque foyer et je crois même qu’on lavait encore au lavoir ou à la buanderie comme moi d’ailleurs !!!! Pourtant aucun parent n’est jamais venu se plaindre ! Ils ne savaient pas encore qu’ils pourraient avoir un jour la parole !

MA PREMIERE CLASSE Place de l’Église

Avantage d’un 1er poste : Rien ne vous surprend ! On s’adapte ! 

Cette 1ère classe primaire jouxtait par la gauche le bâtiment de l’école maternelle Pour y accéder, quand j’y pense, c’était plutôt compliqué : On pouvait monter par les escaliers proches de la grotte ou encore ceux de la cour de la maternelle, mais c’était en principe interdit si ma mémoire est bonne ?!!!   Où l’on pouvait encore choisir entre 2 ruelles : une qui passait derrière l’Église et une autre toute étroite derrière l’École maternelle. À cette époque les parents arrivaient à pied, sauf quelques-uns qui habitaient dans des fermes isolées ; ils n’auraient jamais pu amener les enfants jusque devant la porte comme de nos jours ! 

La cour de récréation : 

Elle était étroite et pavée irrégulièrement Il me semble que les toilettes étaient sous un tout petit préau ? Très rustiques " WC à la turque" comme dans toutes les autres écoles de la commune ! La cour surplombait la place et un escalier descendait dans la cour de la maternelle ! Je crois me souvenir qu’une petite porte en interdisait l’accès ? Pas d’accident à signaler en 2 ans dans ce bâtiment ! Pas si mal, étant donné l’état des lieux ! 

La classe primaire 

Elle était surprenante car plus large que longue ! Pas assez éclairée à cause du préau d’un côté et de 2 fenêtres étroites donnant sur la cour de la maternelle ! peu de meubles de rangement, seules les tables des écoliers et le bureau La classe était triste, peu lumineuse et sans couleur Il y avait peu de matériel mis à part les célèbres « tableaux Rossignol « que l’on retrouve maintenant sur les Vide greniers. Ils permettaient d’observer et de faire parler les élèves sur un thème bien précis car ils étaient en couleur !De vrais témoignages historiques de cette époque !Je n’oublie pas les bouquets de fleurs régulièrement offerts « à la maitresse »!Merci aux mamans je le redis en passant !Finalement les murs vides donnaient l’occasion aux œuvres des enfants d’être abondamment affichées !Le champ était libre ! 

 . Cette salle évoque aussitôt 2 remarques pertinentes des enfants, très caractéristiques de cette époque révolue ! 

La première après quelques jours de classe, très surprenante pour moi :« Maitresse, tu fais pas la prière ? » 

En effet ! J’avais négligé naïvement la présence du crucifix sur un mur de la classe au-dessus de la porte ; ce n ’était pas par  hasard si c’était la seule décoration prévue par la commune ! Moi qui venais d’une école publique de la Meuse, département dit de « l ’ Intérieur ! » et d’une école Normale tout ce qui a de plus laïque, je tombais véritablement des nues ! Quelque chose m’avait donc échappé ? Vite je corrigeai mon oubli et chaque matin, debout, nous faisions le signe de croix et récitions de bon cœur la prière que les enfants récitaient par cœur. Bravo ! ! Cela me permettait d’ailleurs de gagner 1 heure de répit pendant le cours de religion que Mr le Curé venait assurer chaque semaine ! À cette époque le prêtre avait encore suffisamment de temps pour aller donner des cours dans les écoles ! Dès la conférence pédagogique, je compris cette particularité mosellane en croisant des religieuses collègues encore vêtues de leurs longues robes sombres. 

 Selon les principes de l’école laïque je devais, dans le calme du matin, faire « La leçon de morale » Cela donnait l’occasion d’éveiller les bons sentiments grâce une gentille histoire prévue à cet effet ! Comme elle suivait la prière, toutes les conditions étaient requises pour faire un excellent travail ! « Je parle d’un Temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre ! » 

La seconde remarque dont je me souviens et qui se répétait souvent : « Maîtresse, t’as oublié de mettre du bois dans le feu ! » 

En effet, absorbée que j’étais par mon travail auprès des élèves, je ne pensais plus à nourrir le feu du fourneau ! Un ou 2 enfants serviables se précipitaient aussitôt pour saisir un morceau de bois et me le passer alors que j’avais soulevé le couvercle d’ouverture avec le grand tisonnier de fer accroché à la grille protectrice ! Que d’occasions d’accident n’est-ce pas ? Pourtant cette grille s’avérait fort utile pour y sécher toutes sortes de décoration : chiffon du tableau, bonnets, gants et autres vêtements mouillés en cas de pluie ainsi que l’essuie mains ! C’est que le chauffage dans le couloir vestiaire n’existait pas ! On faisait donc comme à la maison auprès de la cuisinière pour sécher le linge en hiver. C’était notre sèche-linge en somme ! 

PREPARATION DE LA CLASSE à 3 cours 

Pendant ces 3 années de primaire, je comptais environ 8 à 10 élèves à chaque niveau CP, CE1et CE2 : Mener 3 niveaux en même temps demande une organisation nécessaire au progrès de chacun, surtout pour une débutante ! Cela nécessitait une sérieuse préparation en dehors des heures de classe !  Aussitôt après le départ des enfants, dans la classe enfin vide et calme « Ouf ! », les exercices prévus pour le lendemain étaient écrits de ma plus belle écriture à la craie blanche sur les 2 faces des 2 tableaux noirs ! J’aimais les agrémenter de dessins ! Oh ! Grand luxe ! j’utilisais des craies de couleur SVP ! Je me souviens que l’élève qui avait eu le privilège du jour d’effacer les tableaux en fin de journée, me demandait avec une sorte de respect :« Je peux effacer le dessin maîtresse ? » 

Cette responsabilité le rendait fier et il manipulait le chiffon sec puis l’éponge humide avec soin, parfois juché sur la pointe des pieds pour   nettoyer parfaitement le tableau pour le lendemain ! Puis je le voyais sortir en secouant la craie qui blanchissait ses mains et son tablier si ce n’est parfois le bout de son nez. 

C’est vrai que ce grand dessin décoratif au tableau me prenait du temps et j’aimais croire que cela plairait aux élèves en arrivant le lendemain ! En fait, je crois plutôt que cette activité   artistique me détendait après une journée difficile et bruyante Je pensais souvent à ma grande honte : « Comme on est bien dans une classe vide !!! » 

RETOUR A LA MAISON   

Je redescendais à pied    bien sûr jusqu’à la maison bien souvent avec les cahiers dans mon sac si je n’avais pas eu le temps de les corriger sur place   Commençait alors un autre travail :  Il fallait  préparer avec application les  modèles d’écriture dans les interlignes étroits  des cahiers spécifiques  aux élèves du CP, préparer et corriger les  exercices  des  CE1 et  CE2 réalisés  seuls ; ceci   me libérait  pendant que les CP apprenaient à déchiffrer avec moi  sur le fameux  «Livre de Poucet »et sa méthode mixte !Je pense que j’écrivais  à l’encre  à l’aide du porte-plume mais je n’en suis plus sûre ?Que ceux qui ont connu cette époque m’éclairent sur ce point car eux aussi auraient  utilisé cet instrument susceptible de tout vous gâcher par une tache indélicate !! J’oublie aussi la confection d’un matériel pédagogique entièrement gratuit et pourtant si utile : les « étiquettes » découpées en carton et écrites à la main pour les mots nouveaux entiers ou découpés en syllabes si utiles à la lecture au CP ou à la grammaire au CE etc.    … Elles étaient rangées dans le tiroir de chaque table individuelle avec l’indispensable ardoise, sa craie et son éponge. Cela permettait de les utiliser au moindre temps libre et limiter les chahuts ?? Peut-être ? 

TOUT FAIRE A LA MAIN 

 À cette époque, on trouvait normal de » Tout faire à la main !  Vivent   les ciseaux et la colle surtout de tapissier très économique !!!

Lpapier carbone apparaissait comme une aide privilégiée   avec sa faculté de reproduire plusieurs feuilles en même temps (Pas trop quand même et attention aux taches maitresse !!!!) 

Je dois vous faire connaitre un autre outil si rudimentaire qu’il va vous sembler préhistorique !!Si ma mémoire ne me trahit pas, c’est à la maternelle seulement que je l’ai utilisé : il s’agit de : La«  Pierre humide ». Je vous assure qu’elle mérite vraiment une explication si vous le permettez ? 

 Je l’utilisais journellement mais c’était un sérieux coup de main à avoir ! D’abord, réaliser la feuille témoin préparée à la plume avec une encre spéciale ;elle  était ensuite appliquée en  une seule fois en lissant bien du bout des doigts sur toute sa surface pour qu’elle s’ imprime sur cette  pierre grise    légèrement molle et humide ; puis ,avec le plus grand soin, on retirait ce « Modèle »puis on y pressait précautionneusement autant de feuilles que nécessaire en lissant de nouveau  chaque  feuille  (sans la froisser évidemment et  ça  arrivait de temps en temps !!! ) 

 Cette dernière manipulation était minutieuse :   il fallait la décoller aussitôt par un coin avec la même délicatesse pour ne pas la déchirer !!! ! Quant- à la fameuse pierre humide, comme son nom l’indique, elle devait être maintenue à un certain degré d’humidité avec une éponge réservée à cet effet ! 

Quand j’y pense, je me dis qu’avec ma précieuse « Régine » (ma Dame de service   si dévouée pendant près de 10 ans) nous étions toutes 2 de vraies artistes !!!!Tout cela semble si loin de la photocopie que je n’y crois pas moi-même !!A bien y réfléchir c’était super économique : jamais de panne et aucun frais d’entretien en somme ! 

 ETE 1961 MA SECONDE CLASSE 

Tout d’abord, j’étais devenue Maman d’une adorable petite Evelyne qui fut surnommée « La   Pounette » par tous ! cet heureux évènement changeait évidemment toute ma vie ! Dans le même temps   je devenais Chargée de l’école primaire et je déménageais ainsi classe et appartement dans un endroit dont j’ai oublié l’adresse précise ?! Je ne sais le nommer autrement que « Racoin « juste au-dessus de la grotte ! L’endroit n’était pas particulièrement attirant mais c’était bien pratique d’avoir sa classe sur le même palier ! Finie la ribambelle des 2 premières années sur le chemin de l’école !

L’ECOLE PRIMAIRE PRES DE LA GROTTE 

 J’ai eu à ce moment-là l’impression de vivre une vraie promotion ! Car enfin, j’avais une classe digne de ce nom : spacieuse et clarteuse avec 3 grandes fenêtres des 2 cotés ! Les WC étaient à l’extérieur dans une petite cour derrière, tout à fait normal pour cette époque à la campagne.  Ce qui l’était beaucoup  moins c’étaient  les 2 points noir, côté rue : À l’extérieur Le  grand  escalier de pierre d’un étage qui  existe toujours je crois ? Pour accéder à la classe et pour la sortie   les enfants devaient l’emprunter dans le calme, en rang et sans se pousser.  En hiver vous imaginez les risques ! 

La cour de récréation : 

 En fait c’était un grand espace -Rue insolemment ouvert à chaque extrémité sur 2 ruelles   ,  sans compter les  escaliers descendant  à la grotte ! Un vrai casse-tête angoissant pour la surveillance des élèves et pendant les séances d’éducation physique !!! Et pourtant …  pas d’incident à signaler ! même pas un enfant tenté par l’école buissonnière   sous l’appel de la belle campagne gorzienne!!!

Je réalise quel privilège j’avais d’avoir des enfants sages si respectueux de la consigne ! 

Je ne peux pas quitter ce 2ème bâtiment scolaire sans vous narrer une aventure peu banale : 

« Anecdote à la Zola ! » 

Mon appartement donnait sur le même palier que la classe, c’était un gain de temps indéniable ! Pendant les heures d’école, ma petite Evelyne était entre les mains bienveillantes de Mme CHERRIER une ancienne maman d’élève qui lui servait de Nounou. Tout à coup, un après midi, elle fait irruption dans ma classe complètement affolée : « Madame il  y a un rat dans la cuisine !! J’ai peur pour le bébé ! » 

Vite, sans plus réfléchir, armée d’un balai attrapé au passage, je   franchis le palier pour entrer dans la cuisine. Je vois encore ce rat grimper aux murs complètement affolé lui aussi par mes insultes et mes coups maladroits ! Il finit par se fourrer derrière la cuisinière à gaz. Je tentais de l’en faire sortir quand j’entendis une voix derrière moi : « Malheureuse ! Vous êtes bien courageuse mais vous risquiez que ce rat ne vous saute au visage ou dans le berceau tout proche !!! » 

C’était un vieux monsieur qui se promenait dans le quartier (Avantage d’une Cour-Rue en somme !) et que MME CHERRIER avait appelé au secours par la fenêtre, j’imagine ? Il réussit très vite à le faire sortir de sa cachette et quand le rat grimpa aux rideaux de la fenêtre pour sauter sur l’évier, d’un coup sec il lui brisa les reins à l’aide de sa canne. Ouf !  Quelle frayeur ! Époque épique n’est-ce pas ?

                      ETE 1962 : 3-ème bâtiment : L’ECOLE MATERNELLE  

Cet été me vit   déménager une nouvelle fois    afin de saisir l’opportunité du départ de la collègue de l’école maternelle place de l’Église.   L’appartement était situé juste au-dessus, beaucoup plus moderne et spacieux  La municipalité me fit même installer quelques temps après une petite salle de bain. Quel confort ! 

C’est donc à cette occasion que je tombais littéralement dans La Marmite de la Maternelle !!!!! 

Je ne devais plus jamais quitter   ce monde si particulier et attachant   jusqu’à la fin de ma carrière, pour mon plus grand plaisir ! 

La classe maternelle 

Elle était trop exigüe pour un aussi grand nombre d’enfants en bas âge ;   avec ses 3 seules petites fenêtres donnant d’un même coté sur la cour, elle était également peu clarteuse. Les murs étaient peints en vert, déjà décorés par des séries de petits motifs mièvres que le peintre avait jugé décoratifs !!? Au sol, même plancher sombre et gras, même fourneau central entouré de sa grille de fer. 

 Ma précieuse Dame de service :  REGINE  ZANETTA 

J’ai eu la chance d’avoir une personne aussi compétente et adaptable ! Elle fit toujours l’impossible pour m’aider à aménager ces lieux et les rendre accueillants ; mais elle savait aussi suivre tous les imprévus de notre imagination ! !!Présence attentive et rassurante, j’en apprécie encore aujourd’hui le calme et   la disponibilité souriante ! 

La salle d’Eau 

Pour y entrer, on traversait un passage dans un mur genre béton de 80 cm au moins d’épaisseur (un vrai abri antiatomique !) et on arrivait dans un local style buanderie très sombre. Sous la petite fenêtre 2 bacs pour la lessive (que j’ai d’ailleurs utilisés moi-même   ) et sur le côté 4 petits WC séparés par des murs de pierre ou béton ? En face, se trouvaient 3 ou 4 lavabos. Pas de chauffage donc pas d’eau chaude :  C’était vraiment spartiate ! 

La cour 

Le sol était recouvert de cailloux Quelle idée géniale pour les enfants !! Pas de commentaire ! Le seul avantage était  qu’  ils pouvaient y  tracer des routes pour jouer aux petites voitures ! Rapidement pour canaliser r les enfants dans cet espace de jeux il fallait chercher du matériel peu couteux ! 

À cette époque, Le mot clé de la maternelle en particulier était :   RECUPERATION ! 

Des pneus usagés furent apportés par un papa d’élève garagiste Bien que nettoyés, ils restaient salissants malgré tout lorsque les garçons  les faisaient rouler ! Je récupérai aussi poupées et poussettes pour les petites filles. 

Un bac à sable trouva sa place dans le coin de l’escalier avec seaux et pelles Les chats du voisinage en furent ravis !  Il fallait effacer les traces de leur passage chaque matin avec une pelle !  D’autres pneus superposés et remplis de terreau jouèrent le rôle de massifs pour y planter des lupins à l’entrée de la cour ! 

À propos de récupération, j’allais chercher des albums de papier peint chez Frisch à Metz pour confectionner des pochettes et cahiers et couper des grandes feuilles pour l’atelier peinture. 

  Solidarité entre écoles : Les écoles les plus nanties du Nord du département avaient du matériel à profusion :   c’est ainsi que, grâce à une amie collègue,  je récupérais  de temps en temps des pochettes de feutres pour l’atelier dessin : une vraie récompense  pour les enfants ! 

Pour m’arrêter sur ce sujet intarissable de la récupération, je précise enfin que les enveloppes des courriers de l’inspection étaient minutieusement décollées, retournées puis recollées pour la réponse C’était vraiment économique ! Et ça parait tout simplement incroyable !!… 

 La chasse au gaspi bien avant l’heure !!! 

À cette période, devant ces 42 inscrits, soit 30 à 35 présents de 2 à 6 ans plus indisciplinés que dociles, j’étais bien souvent perplexe !! Je disais souvent à qui voulait bien m’entendre que j’avais l’impression d’être tombée sur une autre planète Il fallait vite faire quelque chose !!!Avec les seuls moyens dont je disposais et que   vous connaissez maintenant : mes mains et mon imagination, je fis donc appel à un personnage venu lui aussi d’un autre monde : LE MONDE  DE L’IMAGINAIRE. 

  La Marionnette CHARLOTTE 

Pendant un week - end, Je décidai de fabriquer une marionnette de mes mains comme je le faisais autrefois pour les épouvantails de la vigne de mon oncle Charles  D’où son nom reconnaissant :  « Charlotte   » la mascotte de l’école maternelle de Gorze ! 

 Qui s’en souvient ? Elle se présenta un matin aux enfants aussitôt subjugués ! C’était quasiment magique pour le retour au calme Elle me facilita vraiment la tâche !  Je me souviens qu’elle connut son succès un jour à la Salle St Louis lors d’un spectacle des enfants : Un farceur lui posa directement une question : Silence dans le public ! Quelques secondes de surprise passent,  le temps que j’improvise la réponse suivante : « Elle vous a bien entendu mais elle ne peut pas vous répondre car elle ne parle pas Français ! » 

  Le public éclata de rire et lui fit une ovation qui réjouit tout le monde ! C’était la plus belle illustration de la place de l’imaginaire dans la pédagogie de Maternelle ! 

LA SALLE DE JEUX et de repos 

Près du fourneau s’ouvrait une porte sur le local à bois très petit. Il ne me fallut pas longtemps pour convaincre Mr le Maire que ce local devait revenir aux enfants ! Après quelque insistance en mairie, le tas de bois retrouva la cave qui lui revenait de droit, pendant que nous occupions enfin cette petite pièce peu éclairée. Il fallait s’accommoder hélas, de sa seule petite fenêtre !  Elle avait le triste avantage de donner juste sur l ’abattoir de l ’hospice : Je ne pouvais pas toujours empêcher les petits curieux de regarder à travers les vitres !!!Leçon de choses un peu cruelle ! 

 Rien n’est parfait on le sait ! Parfois les cris stridents des pauvres victimes surtout ceux des porcs, parvenaient à nos oreilles !! Eh ! Oui ! La vie à la campagne ne fait pas toujours dans la dentelle ! 

En tout cas, ce n’était pas suffisant pour arrêter l’aménagement de cette salle de jeux et freiner notre enthousiasme à tous !  Cette salle même petite, nous était nécessaire pour pouvoir enfin quitter la classe par moment et   changer d’espace On pouvait y vivre assis en rond, des moments privilégiés : 

 Contes, chants, jeux dansés et musicaux ! Bien sûr il fallait compter sur mon propre matériel car l’école ne possédait aucun appareil. Quand je pense que chaque après-midi, je descendais précautionneusement mon électrophone tout neuf   avec ses hauts parleurs ainsi que les disques de ma petite Evelyne. Elle était d’accord à condition qu’à son retour à la maison, elle puisse écouter sa musique. C’est vrai que sa maman lui était si peu disponible : je m’en veux encore aujourd’hui ! 

 Avec   l’obtention plus tard d’un seul petit lit de camp, je pouvais même m’enorgueillir de posséder comme dans les grandes écoles maternelles de Metz   une salle de repos !! 

L’un ou l’autre s’y endormait régulièrement : mais vous imaginez bien qu’il fallait sélectionner celui qui en avait le plus besoin ???!!!! Il y a de quoi sourire aujourd’hui mais un début c’est un début : il a le mérite d’exister : 

Le moindre début, c’est une petite graine qui ne demande qu’à germer ! 

Il faut lui faire confiance et l’arroser jour après jour. Oui !  Ça s’appelle tout simplement : La PATIENCE ! 

LA SALLE ST LOUIS 

Cette salle située derrière l’église fut une aubaine pour ma pédagogie. Grosse différence avec le programme livresque et précis du primaire   La pédagogie qui s’avéra pour moi la meilleure en maternelle se résume ainsi : 

  Savoir s’adapter pour Évoluer ! Savoir improviser ! 

 2 personnes devaient m’en donner l’occasion ! Je leur dois un changement radical dans ma pédagogie grâce à 2 réflexions qui n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd ! 

 La première venant de MR Eugène  BAZIN,   maire illustre de la commune 

Très attaché à la vie de son cher village il m’avait prévenue   dès mon installation à la maternelle :  

« Je tiens beaucoup à ce que les écoles participent aux 2 fêtes organisées par la commune : Noël et fêtes des mères ». Elles avaient donc lieu dans la salle des Fêtes de l’époque : la salle St Louis. 

La seconde réflexion fut celle de MR KINNEL, directeur de l’hospice, Voisin immédiat de mon école, Il me fit un jour avec un brin d’humour la réflexion suivante : « En tant que voisin, Je connaitrai bientôt par cœur les paroles de tous vos chants ! ». 

Cela me laissa « sans voix » ! L’expression n’est vraiment pas de trop !! Atteinte dans mon amour- propre professionnel, je voulus vite remédier à cette remarque justifiée ! Puisque mes conditions familiales venaient de changer avec mon divorce, je décidai de m’inscrire à des   stages de formation musicale à Vigy !  Ce fut un vrai tournant dans ma carrière ! 

 Je renouvelai ainsi mon répertoire car je pouvais emprunter   régulièrement des disques et  même des instruments à L  ’OCCE  , organisme prévu à cet effet par l’éducation  Nationale Au bout de peu de temps ,  j’ai pu former un véritable  petit orchestre :Maracas , tambourins  carillons , xylophone et métallophone qui ravissaient les enfants !Nous allions régulièrement répéter sur place dans cette grande salle qui possédait même  une scène !Bien sûr ,  il fallait transporter le matériel !Chacun y mettait du sien !On n’allait pas déranger tout le monde à chaque fois que nous avions envie de jouer aux artistes !!!! 

Qui se souvient de ces scénettes musicales ? J’ai oublié bien sûr mais je vais me permettre de faire une exception en vous attrapant un souvenir sorti de ma mémoire ! Il me fait encore sourire aujourd’hui ! 

C’était l’interprétation d’une petite chanson mimée sur le thème du jardinier. 

 Le jardinier était joué par le petit CLAUDE BUVET ; il devait répéter tout seul son refrain  en mimant  le geste du semeur et  chantant : « Mais laissez-moi planter mes pois ! » 

Il le faisait d’une voix naturelle si tranquille et si juste qu’il a obtenu un   franc succès ! Que  d’applaudissements ! C’est l’exemple tout simple  des  petits bonheurs qui font du bien à tous ! 

Je me dois aussi d’ajouter au programme des fêtes de la Salle St Louis un morceau d’improvisation : celui de la petite danseuse étoile « Pounette « qui évoluait sur une superbe musique classique et laissait le public sous le charme ! La maman était très fière vous imaginez ! 

Tout ce beau travail finit par nous faire remarquer grâce à la participation à un concours organisé par la circonscription. Passés d’abord pour une sélection à Corny, nous fumes choisis pour nous présenter en finale au Théâtre de Metz !! Quel honneur !

Le lourd rideau de velours rouge se leva sur notre petit orchestre ! Imaginez le trac ! On s’en souvient toute sa vie vous pensez !! ! J’ai oublié le titre du morceau mais pas le nom de notre grand chef d’orchestre le petit BENOIT RIETHMULLER bien droit devant ses musiciens, les dirigeant fièrement de sa baguette ! 

Ce fut l’apothéose pour nous et la fierté des parents !!! 

 LE NOUVEAU GROUPE SCOLAIRE aux environs de 1970 

 Vers l’année 70, le grand projet de la municipalité se concrétisa enfin par la construction du nouveau groupe scolaire primaire et maternelle qui remplaçait tous ces bâtiments vétustes En 1970/71  je ne sais plus exactement  eut lieu l’inauguration très officielle de cette belle réalisation que l’on admire encore de nos jours ! La photo parut dans les journaux ! 

Que de travail pour déménager la vieille école, choisir le nouveau matériel et faire réaliser les aménagements   les plus judicieux !! Pourtant, je ne devais y exercer qu’une seule année, juste pour  essuyer les  plâtres   . Ma grande Evelyne avait 11 ans et commençait le cycle secondaire à Metz.

              Fin juin 1972 :  Départ !  Le cœur vraiment très gros ! 

Nous fîmes nos adieux à la commune avec une présentation des diapos prises à l’école pendant les dernières années Pendant ces 12 années,   malgré quelques maladresses de débutante ,   le peu de moyens matériels et des locaux vétustes ,  j’avais l’impression d’avoir fait du bon travail  Ces années m’avaient apporté beaucoup de joie que je n’oublie pas ; la preuve est faite par  cette réponse à MARION!J Ce village de Gorze restait à jamais dans notre cœur Evelyne la Pounette et moi ! 

MERCI à toi Marion d’avoir rattrapé de justesse ces souvenirs qui allaient être engloutis définitivement dans les oubliettes du passé. Excellente idée à poursuivre auprès des anciens ! 

Connaitre l’histoire du Passé permet de 

                                   mieux comprendre le Présent pour 

                                             bien préparer l’Avenir ! 

Continuez à tout faire pour aider votre village à vivre ! Ce n’est pas facile ! 

À chaque époque ses difficultés !  C’est à vous de jouer !!

                                                                      Courage ! 

Tous mes vœux les plus amicaux pour que vive ce vieux village de GORZE au charme tout à fait particulier !! 

 

                                       Le 14 /08/2014   Wagner Colette ex Mme Adam  

 

Notre collègue Pierre Clévy (promo 56-60) nous signale les travaux de son aïeul : Louis THOLLOIS.

L'alphabet « Thollois » – Je pratique "la Pédagogie Jean qui Rit"

https://jepratiquejeanquirit.com/2017/01/03/lalphabet-thollois/

Bien avant notre "dictée sans crayon", d'autres avaient pensé à utiliser les lettres mobiles pour apprendre à lire. Au 19è siècle(1889), un ancien instituteur de l'Yonne, Monsieur Louis Thollois, créa une "méthode universelle de lecture, d'orthographe et de calcul au moyen de caractères mobiles".

 

La Méthode THOLLOIS

 

Du Républicain de Joigny : Les alphabets mobiles à l'Ecole maternelle.

La lecture était autrefois l’enseignement le plus pénible et plus lent de l’école primaire, celui qui inspirait le plus de répulsion aux enfants et mettait à plus rude épreuve la patience du maître.

Tous ceux de notre âge se souviennent des ennuis qu’il leur a causés, des punitions qu’il leur a values, des larmes qu’il leur a fait répandre. Néanmoins on mettait généralement deux ou trois années pour apprendre à lire à peu près couramment. Chaque jour ramenait les longs et fastidieux exercices de lecture aux tableaux imprimés, suspendus au mur ou d’épellation dans des livres incompréhensibles. Aujourd’hui, grâce au perfectionnement des méthodes et des procédés employés on arrive de diverses façons en moins de temps avec moins d'effort, moins de fatigue, moins d'ennui à apprendre à lire aux tout jeunes enfants.

Avec les alphabets mobiles Thollois les résultats que l'on obtient, lorsque les enfants sont bien dirigés sont surprenants, voici comme on procède :

Chaque enfant est pourvu d’une jolie boite en bois très solide, divisée en compartiments où sont contenues des lettres mobiles collées sur zinc. Tous les élèves de la division que l’on fait travailler cherchent, avec leurs lettres mobiles, à reproduire sur la tablette du casier le mot que le maître a formé avec de grandes lettres qui servent de modèle sur un casier-tableau placé devant tous les bambins. On fait écrire papa, maman, salade, mouton, cheval, poule, jardin, etc., etc., des mots familiers à l’enfant ; il les prononce en même temps. Son oeil s’y habitue et il retrouve facilement les lettres nécessaires à la formation de chaque mot dont il apprend ainsi l'orthographe.

On comprend combien le maniement des lettres mobiles exerce son intelligence et sa vivacité. Il habitue l’enfant a être actif, à avoir de l’ordre : c’est le travail1 manuel par excellence.

Quelle joie quand il arrive à composer un mot plus vite que son camarade ; il y a émulation ; la discipline est d’autant plus facile que les enfants sont constamment et surtout agréablement occupés.

Rien de plus curieux que de voir 10, 20, 30, 40 enfants de cinq à six ans travailler aux casiers, on dirait des petits compositeurs préparant un journal.

Aussi, bientôt toutes les écoles maternelles, toutes les petites classes, toutes les familles se serviront de cet ingénieux procédé qui, tout en amusant les enfants, leur apprend à lire et à compter beaucoup plus vite que tous les moyens employés jusqu’à ce jour.

 

De l'instituteur français : Sur la méthode Thollois.

Sous les auspices du directeur de l'enseignement, M. Thollois vient d’expérimenter, à l’Ecole annexe de l’Ecole normale d’Auteuil, à l’Ecole maternelle annexe de l’Ecole normale des Batignolles, ainsi qu’à l’Ecole enfantine du lycée Charlemagne, un procédé qui paraît appelé à rendre des services à l’enseignement.

Le système se compose de petits casiers comme ceux dont se servent les compositeurs d'imprimerie et où sont renfermés des lettres et des chiffres. L’enfant a toujours, on le sait, la tendance de faire et défaire, bâtir et démolir. C’est sur cet instinct enfantin qu’est basée la méthode Thollois.

Les caractères sont de petites plaques de zinc que l’enfant cherche dans les compartiments du casier pour ranger en ordre et former des mots, des petites phrases. Ensuite, des nombres sur de petites tringles disposées dans le couvercle du casier, il démolit pour remettre en place, d’où exercices, mouvements dont a toujours besoin l’enfant.

Le principe semble pratique et rationnel. Pour les enfants, il y a là une distraction, et pour les maîtres une aide dont ils tireront utilement parti.

L'enseignement pratique n°14 - 2 janvier 1898 

 

Texte retranscrit par Cheny mon village - http://www.cheny.net

Travaux d'élèves de l'ESPE.